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La scrittura aforistica
recensione a cura di Ana Pano
10/01/2004

Sous la direction de: Giulia Cantarrutti
Collection: Scorciatoie
Maison d'édition: Il Mulino
Prix: Euro 17,56 
Date de publication: 2001
Nombre de pages: 272

 

Sous un angle comparatiste, ce volume propose six perspectives de recherche pour pouvoir analyser et éclairer la notion d'écriture aphoristique, « écriture raccourcie par excellence » (p.4) et en même temps, créer un espace de discussion. Ce projet, dont le but est surtout celui de donner une contribution significative à la recherche, suit une formule mise en place lors des journées d'études vénitiennes sur "L'Europa degli aforisti", caractérisée par la présentation d'interventions intéressées à des zones géographiquement et culturellement diverses et avec une grande multiplicité de perspectives, garantie notamment par la diversité de participants. Telle est donc la formule appliquée à ce recueil d'essais où la réflexion ne se limite pas à la reconstruction historique.

Ainsi, Jean Lafond, dans La scrittura aforistica da Montaigne à Chamfort, lie fonctionnellement « Essais » et « Maximes » les caractérisant comme « le cadre dans lequel l'impérialisme du mot éloquent est mis en cause ». Dans Sei pericoli che hanno generato l'aforisma moderno: l'esempio francese, Werner Helmich découvre au lecteur le paysage multicolore de l'aphoristique moderne en langue française. Alain Montandon "Gli spazi bianchi dell'aforisma" analyse le sens des espaces en blanc/vides partant d'une expérience phénoménologique immédiate: la lecture d'un livre d'aphorismes. Aforistica e Aufklärung, de Giulia Cantarutti est consacré à l'étude des premières utilisations du « Oráculo manual » en Allemagne ainsi qu'à l'écriture aphoristique à l'époque de la « philosophie de la vie ». Gino Ruozzi présente les formes propres et impropres de l'aphorisme dans la littérature italienne.

Puisque Ri.L.Un.E. (Revue des Littératures de l'Union Européenne) se propose de contribuer à la formation de la conscience culturelle spécifiquement européenne, il nous semble intéressant de présenter en profondeur l'article Perché parlare di aforisma europeo? (Pourquoi parler d'aphorisme européen ?) de Maria Teresa Biason dans lequel l'auteur se demande quelles sont la thématique et la syntaxe propres à l'écriture aphoristique en Europe. Maria Teresa Biason essaie de répondre à la question à travers l'examen détaillé de trois aspects de l'aphorisme - pragmatique, thématique et forme -  afin d'analyser la « formation du caractère supranational de l'aphorisme » (p.200) et lui donner un sens plus large dans un contexte également élargi. Le point de départ de cette étude est centré sur les notions historiques du terme "aphorisme" lié aux sciences et à la médecine ou l'adoption du terme par la philosophie politique, dans divers pays d'Europe, et notamment en France et en Allemagne. En ce sens, elle constate que la dénomination "aphorisme" est plutôt ambiguë en ce qu'elle ne garantit pas la reconnaissance immédiate du genre. Les conventions verbales sur ce genre sont contradictoires dans les dénominations et les titres à cause d'une tendance, au début du XXe siècle, à tout classifier selon le genre sans tenir compte de la production, sans une analyse empirique préalable de l'œuvre. Pour l'auteur, cela s'oppose à l'uniformité de l'aspect para textuelle "le petit format des recueils d'aphorismes, par exemple" des diverses conceptions du terme en Europe, ce qui concerne également la disposition des aphorismes dans la page, tenant compte de la valeur des espaces vides et de la numération des textes autonomes dans un même recueil. Quant aux éléments para textuels utiles à la caractérisation supranationale de l'aphorisme, on trouve un index thématique à la fin du volume. Il s'agit d'un élément constante dans le temps et l'espace, selon l'auteur.

Biason met l'accent sur le fait que souvent les exigences du texte n'ont pas été respectées dû à des problèmes de publication et d'édition, et cela pèse sur la perte d'authenticité des aphorismes et sur leur compréhension même.  Ainsi, elle affirme que généralement « où la volonté des auteurs et des éditeurs prend la place, l'image de l'aphorisme apparaît bigarrée voire confuse, et ceci au-delà de la force acquise par chaque tradition nationale: la dénomination, les titres des recueils, l'édition des textes témoignent d'une incertitude qui probablement ne se trouve pas dans les genres littéraires plus importants» (p.211). Les données para textuelles sont donc plus cohérentes « comme si l'image extérieure du genre avait été perçue de façon plus nette par éditeurs et imprimeurs » (p.211). L'auteur considère ensuite le phénomène de production et de réception du genre du point de vue géographique et historique, et elle en conclut que les limites temporelles de production d'aphorismes sont bien claires et que la richesse des échanges favorise le développement de ce genre. L'auteur réfléchit également à établir une typologie d'auteurs d'aphorismes. Une tâche qui s'avère compliquée vu les transformations que le genre a subies quant à sa finalité et sa forme. Mais aussi à cause des difficultés que les auteurs ont trouvé pour publier leurs œuvres et arriver au grand public. L'aphorisme joue à cet égard un rôle plus important dans le domaine restreint des échanges sociaux et affectifs.

Bien que les thèmes ont été un élément de différenciation des cultures, dans le champ de la thématique, le caractère supranational acquiert un sens fondamentale en ce qui concerne la classification et la description de l'aphorisme. Sa transmission d'une culture à une autre constitue un élément de prestige et de distinction pour les cultures qui ont su reconnaître son importance. La thématique de l'aphorisme a fini par ignorer les vieilles divisions nationales et s'est étendue à toutes les cultures, par l'influence réciproque et le transit constant d'idées. Selon l'auteur, l'étude des thèmes dans l'écriture aphoristique ne peut pas se faire sans tenir compte des formes. Ce sont les auteurs d'aphorismes eux-mêmes qui essaient de définir les formes propres au genre non pas à travers la description mais à partir de métaphores en sachant que les frontières de l'écriture aphoristique sont instables. Pour éviter des risques en ce sens, l'auteur propose « croire à l'importance du genre idéal par rapport à ses diverses réalisations » (p.219) ou mises en forme.

Biason analyse les formes brèves de l'aphorisme ainsi que la discontinuité en tant que disparition d'une transition argumentative. A travers l'examen des cultures européennes, l'auteur établit les caractéristiques générales de l'aphorisme, qui d'abord « choque par son caractère contradictoire » (p.222) car l'écriture aphoristique est claire et ambiguë en même temps. La dialectique entre spontanéité et artifice est également relevée par Biason. L'aphorisme vu comme le résultat d'une intuition immédiate ou comme une œuvre ouverte et incomplète. Dans la caractérisation du genre il est aussi important de signaler la syntaxe dans l'organisation linguistique et rhétorique de l'aphorisme. Ainsi l'auteur explique que quand l'aphorisme post-romantique s'ouvre pas aux aspects non rationnels de la réalité, montrera sa difficile adaptation aux contraintes imposées par une notion d'expression trop rigide. Pour exprimer des intuitions, sensations, émotions (...) impressions subjectives, les frases émiettées suffissent. Ces figures de la rhétorique - comme l'’ironie ou le paradoxe - ont la fonction d'attirer l'attention du lecteur sans déranger la transparence du message.

L'auteur est conscient du fait qu'une description et une classification du genre dans un moment où la distinction des genres est en désuétude peut provoquer irritation, mais considère que l'aphorisme n'a pas reçu le traitement que mérite dans l'histoire de la littérature - la maxime et les autres formes d'aphorisme ayant toujours été considérées une partie ornementale du discours sans statut autonome.

© Rilune 2005