“Ce Don Quichotte à rebours”. Le mythe gengiskhanide dans Le mors aux dents de Vladimir Pozner

DOI : 10.17457/RIL9_2015.BON

Benedetta De Bonis (Università di Bologna)
“Ce Don Quichotte à rebours”. Le mythe gengiskhanide dans Le mors aux dents de Vladimir Pozner

Dans Le mors aux dents, l’écrivain français d’origine russe Vladimir Pozner retrace la vie de Roman von Ungern-Sternberg, le baron balte qui combattit en Mongolie entre 1920 et 1921 à côté des Russes blancs, en se présentant comme le nouveau Gengis-khan. Cet article se penche sur l’utilisation du mythe gengiskhanide dans le roman de Pozner. À travers le regard halluciné d’Ungern, plongé dans des lectures anciennes et médiévales qui lui font perdre tout contact avec la réalité, Gengis-khan est un modèle de despotisme et de cruauté encore valable au XXe siècle. En revanche, à travers le regard des Mongols, qui commencent à se tourner vers les idéaux communistes, cette figure n’est plus d’aucune utilité. Pozner utilise Ungern et le mythe gengiskhanide pour blâmer de « donquichottisme » toute une génération d’hommes proches des idéaux de la Restauration. La Mongolie de Pozner est une « vision de l’Orient » : l’horizon mental d’un écrivain communiste qui adopte face au culte gengiskhanide la position de la Russie soviétique des années trente. Le cours des évènements historiques a démenti la vision de Pozner – qui demeure, malgré tout, fort fascinante – en confirmant au contraire l’importance de la figure de Gengis-khan pour la quête identitaire des Mongols.
Mots-clés : Orient, Pozner, Gengis-khan, Ungern, Mongols

In Le mors aux dents, the French-Russian writer Vladimir Pozner recounts the story of Roman von Ungern-Sternberg, the Baltic baron who fought in Mongolia between 1920 and 1921 on the side of the White Russians, presenting himself as the new Genghis Khan. This article deals with the use of the myth of Genghis Khan in Pozner’s novel. For mad Ungern, brought far from reality by his ancient and medieval books, Genghis Khan is a good example of despotism and cruelty still working in the 20th century, whereas for the Mongols, who start to embrace the communist cause, this figure is completely worthless. Pozner uses Ungern and the mythical image of Genghis Khan in order to blame of “quixotism” an entire generation of men faithful to the ideals of the Restoration. Pozner’s Mongolia is a “vision of the East”: the mental horizon of a communist writer who adopts, face to the cult of Genghis Khan, the same position that soviet Russia took in the Thirties. History has proved wrong Pozner’s vision – which remains, anyway, really interesting – and confirmed by contrast the importance of the image of Genghis Khan for the Mongolian identity.
Keywords : East, Pozner, Genghis Khan, Ungern, Mongols