La confrontation entre colons russes et nomades kirghizes au moment de la Guerre civile

DOI : 10.17457/RIL9_2015.SAV

Dany Savelli (Université de Toulouse II)
La confrontation entre colons russes et nomades kirghizes au moment de la Guerre civile : étude comparée de L’enfant de Vsevolod Ivanov et du Vieux Fromage de Boris Pilniak 

Comparer L’Enfant (1922) de Vsevolod Ivanov et Le Vieux Fromage (1923) de Boris Pilniak est l’occasion d’appréhender la façon dont ces « compagnons de route » pensèrent le rapport délicat entre la Russie et l’Asie en référence à tout un débat sur la russité. Ces deux nouvelles, qui mettent aux prises Russes et Kirghizes (Kazakhs) pendant la Guerre civile, illustrent l’antagonisme entre colons russes et colonisés asiatiques et rappellent que la révolution n’y mit aucunement fin. Mais alors que Pilniak tente à travers le personnage d’un nouveau-né eurasien de penser un métissage possible permettant à la Russie de réintégrer sa composante asiatique, Ivanov, plus proche de la littérature de témoignage, met en scène l’exécution d’un enfant kirghize par des partisans rouges au nom de la survie d’un enfant russe. À travers le personnage du nouveau-né dépourvu de père, les deux œuvres proposent une allégorie de la Nouvelle Russie enfantée par la révolution ; outre la question de l’« asiatisme », elles traitent donc de l’histoire de la naissance de l’« homme nouveau » sans origine ni mémoire, libéré des « péchés » de ses ancêtres et, pour cela, encensé par les révolutionnaires.
Mots-clés : Orient, Ivanov, Pilniak, Russie, Kirghizes

To compare The Child (1922) by Vsevolod Ivanov and Old Cheese (1923) by Boris Pilnyak is the opportunity to understand the way these “fellow travellers” thought the delicate relationship between Russia and Asia with reference to the debate on Russianness. These two stories, where Russians and Kyrgyz (Kazakhs) are confronted during the Civil War, illustrate the antagonism between Russian colonists and Asian colonized, reminding that Revolution did not put an end to it. While Pilnyak tries, by means of the character of an Eurasian newborn baby, to conceive a possible melting pot who would permit Russia to reinstate her Asian element, Ivanov, closer to witness literature, stages the execution of a Kyrgyz child by the red partisans in the name of the survival of a Russian child. By means of the character of the newborn baby without father, the two works offer an allegory of the New Russia brought into the world by the Revolution; therefore, besides the topic of “asiatism”, they deal with the history of the birth of the “new man” without origin and memory, freed from the sins of his ancestors and, for this reason, acclaimed by the revolutionaries.
Keywords : East, Ivanon, Pilnyak, Russia, Kyrgyz