La
proclamation de la mort des idéologies
a certainement eu la même fascination
paradoxale que la théologie de la
mort de Dieu. Mais il ne s'agit, en
réalité, que d'une belle trouvaille,
soutenue par ceux qui se sont retrouvés
pris au piège par une idéologie gênante.
Les idéologies sont immortelles. Elles
le seront jusqu'à ce que la science
occupe tous les domaines du savoir
et des comportements. Elles le seront
donc toujours comme elles seront toujours
indispensables, telle la baguette
du sorcier en l'absence d'un instrument
efficace, pour nous orienter dans
la misère et l'angoisse du siècle,
pour donner un sens à des parcours
qui ne le trouvent nulle part ailleurs.
Toute
idéologie, qu'elle soit débonnaire
ou libertaire, en plus d'entrer dans
une immortalité collective, est mauvaise:
elle a tendance à dénier le droit
de survie à toute autre idéologie
concurrente. Pour cette raison, toute
inattention à l'égard de la nature
idéologique de l'action humaine, de
la moins noble à la plus noble, n'est
autre qu'une hypostase catastrophique
de l'idéologique. De ce fait, les
enseignements de Marx et de Freud
ne doivent pas être oubliés. Convaincue
de la nécessité de l'attention contraire,
RiLUnE consacre un numéro monographique
à la présence et au travail des idéologies
dans les littératures européennes
du XXe siècle. Au sein du débat, théorique
et critique, que nous souhaitons ouvrir,
toutes les idéologies, ayant fait
avancer la littérature du siècle dernier
et son marché, devront être impunément
prises en considération. Ni splendeur
ni misère de la Droite ou de la Gauche
ne sera négligée au préalable. Nous
espérons également atteindre une définition
satisfaisante, à laquelle nous convions
les collaborateurs à participer, de
l'idéologie spécifique de la Droite
et de la Gauche dans leur intervention
de poids au sein des mécanismes de
la culture littéraire. Ceux qui sont
d'avis que la Droite et la Gauche
n'existent pas, ne sont évidemment
pas exclus du débat : nous serions
ravis d'en recevoir l'irréfutable
démonstration.
Les
numéros de RiLUnE, dont celui-ci
est le premier, démarrent sans aucun
préjugé afin d'atteindre de nouveaux
jugements. Ce serait enfin une réticence
impropre de ne pas préciser qu'il
est dépourvu d'intérêt de remuer le
côté anecdotique des biographies d'auteurs
sans finaliser le discours à l'idéologie
des textes qui peuvent, parfois, contredire
la couleur politique de l'écrivain.
Ruggero
Campagnoli