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Revue des Littératures de l’Union Européenne

Numéro monographique 2 - septembre 2005
Formes et antiformes dans la poésie de la deuxième moitié du XXe siècle
sous la direction de Ana Pano

Au delà de leurs différences évidentes et complexes, les littératures européennes trouvent un point de contact, c'est à dire la réflexion, élaborée de l'intérieur, sur la forme ou mieux sur les formes communes à la poésie de la deuxième moitié du vingtième siècle. Qu'il s'agisse de «violer» et de briser les règles qui ont, au cours du temps, défini le code poétique, ou au contraire de réduire progressivement cet écart, jusqu'à une reprise totale des formes classiques, les poètes de la période choisie n'ont pu éluder le problème du langage et de son rapport avec les «lieux» qu'il habite, du vers à la strophe au poème.

Si le panorama poétique peut en effet se définir clairement jusqu'aux années cinquante, il n'en est pas autant des années qui suivent, et les très nombreuses anthologies poétiques de l'époque contemporaine, publiées partout en Europe, sont un signe tangible de la tentative non seulement de «retrouver» le public apparemment absent de la poésie, mais aussi de découvrir, dans le champ de la réception, des orientations précédemment tracées par les mouvements et les manifestes poétiques, et qui semblent revenir, invariablement, au binôme formes-antiformes.

Sous de multiples points de vue, on peut considérer l'après-guerre comme la période la plus fertile pour le renouvellement de la langue et des thématiques poétiques. D'une part, on peut constater la continuation naturelle des tendances d’avant-garde du début du siècle, en particulier la recherche d’un nouveau langage poétique qui passe surtout par la fusion des réflexions littéraire et plastique, et par une reconsidération presque totale de la page et du rapport possible entre les ressources formelles du langage et de l’expression poétique. Même les poètes qui refusent l'idée, déjà bannie à partir des années vingt, de la forme parfaite, souvent ne sont pas pour autant anti-formels, mais contre-formels, et n'éliminent donc pas les problèmes du langage, de ses différents substrats, mais tentent plutôt de «déstructurer» la langue en refusant non pas la forme dans l'absolu, mais tout principe formel culturellement et traditionnellement attesté en précédence. Un autre filon de la recherche poétique semble toutefois prendre la direction opposée: nombreux sont les poètes qui, partout en Europe, refusent l'aspect anti-littéraire des prétendues avant-gardes et tentent non pas de se détacher de la tradition prosodique, mais d'en récupérer certains aspects essentiels. La tentative de renouvellement du langage, qui pour eux aussi reste au creux de la poétique, se conjugue dans ce cas à une recherche des formes qui dénote et annonce le retour à une esthétique formelle et à un langage «classique» par certains aspects.

Ce regard rapide et inévitablement limité à certaines tendances poétiques de la deuxième moitié du vingtième siècle en Europe se veut seulement le point de départ d'un numéro monographique de la revue RiLUnE consacré, justement, aux formes et aux anti-formes de la poésie européenne.

Chiara Elefante

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