Au
delà de leurs différences évidentes
et complexes, les littératures européennes
trouvent un point de contact, c'est
à dire la réflexion, élaborée de l'intérieur,
sur la forme ou mieux sur les formes
communes à la poésie de la deuxième
moitié du vingtième siècle. Qu'il
s'agisse de «violer» et de briser
les règles qui ont, au cours du temps,
défini le code poétique, ou au contraire
de réduire progressivement cet écart,
jusqu'à une reprise totale des formes
classiques, les poètes de la période
choisie n'ont pu éluder le problème
du langage et de son rapport avec
les «lieux» qu'il habite, du vers
à la strophe au poème.
Si
le panorama poétique peut en effet
se définir clairement jusqu'aux années
cinquante, il n'en est pas autant
des années qui suivent, et les très
nombreuses anthologies poétiques de
l'époque contemporaine, publiées partout
en Europe, sont un signe tangible
de la tentative non seulement de «retrouver»
le public apparemment absent de la
poésie, mais aussi de découvrir, dans
le champ de la réception, des orientations
précédemment tracées par les mouvements
et les manifestes poétiques, et qui
semblent revenir, invariablement,
au binôme formes-antiformes.
Sous
de multiples points de vue, on peut
considérer l'après-guerre comme la
période la plus fertile pour le renouvellement
de la langue et des thématiques poétiques.
D'une
part, on peut constater la continuation
naturelle des tendances d’avant-garde
du début du siècle, en particulier
la recherche d’un nouveau langage
poétique qui passe surtout par la
fusion des réflexions littéraire et
plastique, et par une reconsidération
presque totale de la page et du rapport
possible entre les ressources formelles
du langage et de l’expression
poétique. Même les poètes qui refusent
l'idée, déjà bannie à partir des années
vingt, de la forme parfaite, souvent
ne sont pas pour autant anti-formels,
mais contre-formels, et n'éliminent
donc pas les problèmes du langage,
de ses différents substrats, mais
tentent plutôt de «déstructurer» la
langue en refusant non pas la forme
dans l'absolu, mais tout principe
formel culturellement et traditionnellement
attesté en précédence. Un
autre filon de la recherche poétique
semble toutefois prendre la direction
opposée: nombreux sont les poètes
qui, partout en Europe, refusent l'aspect
anti-littéraire des prétendues avant-gardes
et tentent non pas de se détacher
de la tradition prosodique, mais d'en
récupérer certains aspects essentiels.
La tentative de renouvellement du
langage, qui pour eux aussi reste
au creux de la poétique, se conjugue
dans ce cas à une recherche des formes
qui dénote et annonce le retour à
une esthétique formelle et à un langage
«classique» par certains aspects.
Ce
regard rapide et inévitablement limité
à certaines tendances poétiques de
la deuxième moitié du vingtième siècle
en Europe se veut seulement le point
de départ d'un numéro monographique
de la revue RiLUnE consacré,
justement, aux formes et aux anti-formes
de la poésie européenne.
Chiara
Elefante