La
littérature numérique,
définie par l’Electronic
Literature Organization comme
l'ensemble des pratiques littéraires
«utilisant les capacités
de la technologie pour réaliser
des choses que ne permet pas l’imprimé»,
se rapporte souvent à une image
de sophistication technique inévitablement
liée à des esthétiques
littéraires qui, comme celles
des avant-gardes européennes,
sont caractérisées par
une dynamique de l’expérimentation
sur des formes narratives et poétiques.
Il s’agit ici d’un ensemble
de textes qui touchent à des
dispositifs numériques et à
des procédés multiples
concernant, entre autres, la génération
automatique de textes, les hypertextes,
l’exploration aléatoire,
l’interactivité, la visualisation.
En
Europe, des auteurs comme Philippe
Bootz situent sa naissance vers 1959
avec les premiers textes fondés,
dans une approche quasi-expérimentale,
sur la combinatoire et la variation.
Vers 1980, Jean-Pierre Balpe réalise
le premier générateur
automatique. Commence alors une période
caractérisée par la
mise en place des bases de la littérature
numérique ou cyberlittérature
à partir notamment des œuvres
qui résultent des générateurs
automatiques (e.g. Action Poétique,
n. 95, 1981 et ALAMO, fondé
en 1981, ainsi que de la poésie
animée ou e-poésie,
comme celle de la revue Alire. Les
hypertextes littéraires ou
hyperfictions affirment leur présence
sur le Web quelques années
plus tard. Aujourd’hui, ces
œuvres évoluent de façon
rapide avec les nouveaux dispositifs
techniques qui se servent de programmes
de dessin graphique et de logiciels
d’animation pour gérer
les aspects verbaux, visuels et sonoros
du texte, dans un but de créer
des œuvres dynamiques et interactives
(Writing
new imaginative fiction for the web).
A côté de celles-ci,
des expériences d'écritures
collaboratrices sur Internet, comme
le Websoap ou les MOOs (Multi-Users
Dimensions Object-Oriented), précurseurs
des Weblogs, présentent des
espaces où s’instaurent
de nouvelles expériences langagières
et créatives.
Nombre
d’études consacrées
à la littérature numérique
(cfr. bibliographie
du numéro) se rapportent
d’une part, aux possibilités
créatrices et innovantes du
numérique et d’autre
part, aux implications du numérique
sur l’écriture et la
lecture. Il nous semble cependant
qu’il est temps de dresser une
perspective d’ensemble dynamique
qui tienne compte non seulement de
l’évolution des procédés
techniques mais aussi de la «littérarité»
des œuvres, des contenus qu’elles
véhiculent, des tendances formelles,
techniques et esthétiques,
des particularités linguistiques,
de la collaboration entre auteurs,
ainsi que de la disparition, hybridation
ou transformation des genres traditionnels
et des frontières géographiques
dans le Web. Dans le cinquième
numéro de RiLUnE, nous souhaitons
donc aborder ces questions afin de
confronter les points de vue sur la
technologie et la création
littéraire et artistique dans
le paysage numérique spécifiquement
européen.
Ce
numéro accueille des propositions
qui explorent des œuvres d’auteurs
européens (génération
automatique, e-poésie, hyperfiction,
weblogs, etc.) pour: cerner des traits
en commun ou des différences
entre ces diverses expériences
créatives au niveau des moyens
d’expression et des contenus
véhiculés; interroger
les liens entre l’écriture,
le graphisme, la programmation informatique;
parcourir les statuts des images,
des sons, des animations, entre autres
dispositifs, en relation avec les
textes qui les entourent.
Ana
Pano