Revue des Littératures de l'Union Européenne

Rilune
Présentation
Direction et Rédaction
Partenaires

Numéros monographiques
Bibliothèque de Minos
Appels à contribution

L'Europe littéraire
DESE
Actualité scientifique
Lettres EU en ligne

Projets
CRAM
Europe-Poésie

Page d'accueil



Revue des Littératures de l’Union Européenne

Numéro monographique 8 - 2008

Numéros monographiques

La réception des idéogrammes dans la poésie européenne du début XXe siècle
Sous la direction d
Enrico Monti

APPEL A CONTRIBUTION
Date limite d’envoi des propositions (400 mots): 10 juillet 2008
Date limite de remise des textes: 30 novembre 2008
Contacter
Enrico Monti


Like nature, the Chinese words are alive and plastic,
because thing and action are not formally separated.
(Fenollosa/Pound 1920)

Le rêve : connaître une langue étrangère (étrange) et cependant
ne pas la comprendre... en un mot, descendre dans l’intraduisible.
(Barthes 1973)

Les premières descriptions systématiques de l’écriture chinoise paraissent en Europe à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle et elles soulignent le caractère «universel» des idéogrammes; dans ceux derniers on entreverrait en effet la «naturalité» de la langue parfaite, la langue universelle prébabelique.

En 1920 Ezra Pound – qui à l’époque était l’un des intellectuels les plus influents en Europe – édite à Londres l’essai du philosophe américain Ernest Fenollosa (1853-1908), The Chinese Written Character as a Medium for Poetry: c’est pour Pound l’occasion d’attribuer aux idéogrammes chinois le statut de moyen poétique par excellence. Pound propose une sorte de réinterprétation poétique de l’idéogramme, réinterprétation qu’on retrouve aussi, sous des formes différentes, chez plusieurs poètes plus ou moins liés aux mouvements européens d’avant-garde. Comme de nombreux sinologues l’ont amplement démontré, il s’agit d’une déformation créative des caractères chinois, qui toutefois participe à jeter les bases d’un véritable ars poetica, une poétique de l’idéogramme.

La fascination pour l’idéogramme en poésie naît avant tout du désir de renouvellement du langage qui est typique des avant-gardes. On entrevoit dans l’idéogramme la possibilité de revenir à des formes primitives, pures, concrètes, aux mots «avec une âme» rêvés par Paul Claudel: les mots-objets dont le rapport avec les choses n’est pas arbitraire, mais graphiquement motivé. La leçon de Saussure sur l’arbitraire du signe date de ces mêmes années, mais Fenollosa et Pound voient dans cet arbitraire, et plus en général dans la forme abstraite et généralisante des langues occidentales, les causes profondes de l’anémie de la poésie moderne. Ensuite, c’est l’énorme versatilité combinatoire de l’idéogramme qui le rend particulièrement intéressant aux fins du langage poétique: en effet, ses mécanismes de juxtaposition font de chaque idéogramme composé une petite métaphore sous les yeux du lecteur. De plus, la langue chinoise semble présenter une nette majorité de verbes par rapport aux autres éléments grammaticaux et, en particulier, une nette majorité de verbes transitifs. Ceci est vue comme la «forme naturelle du langage» par Fenollosa, qui se démontre très critique aux égards de l’«immobilité» acquise des langues alphabétiques. Finalement, l’idéogramme pourrait fournir à la poésie la virulence intraduisible d’un langage qui contient «l’idée verbale d’action» et qui procède par accumulation et juxtaposition, «au-delà» des logiques abstraites des langues occidentales.

La fascination et l’expérimentation sur l’idéogramme trouvent de nombreuses réalisations dans l’œuvre des poètes du début du siècle. D’un côté on découvre la magie de l’idéogramme en tant qu’écriture picturale, expression synthétique qui se colloque à moitié entre poésie et peinture. Il s’agit d’une fascination qui amène les poètes à insérer des véritables idéogrammes à l’intérieur de leurs poèmes, en les combinant avec les autres signes alphabétiques (c’est le cas de Pound, Paul Claudel, Victor Segalen et Henri Michaux). Plus loin dans cette même direction, l’aspect visuel des idéogrammes ouvre la voie à de différentes formes de poésie visuelle, voire des poèmes pensés pour être vus ainsi que lus (cf. Guillaume Apollinaire, Corrado Govoni et Christian Dotremont). D’un autre coté, et à un niveau d’abstraction majeur, les idéogrammes (et particulièrement le mécanisme des idéogrammes composés) sont à la base d’une véritable poétique, que Pound nomme «méthode idéogrammatique» et applique à la composition des ses poèmes. Cette méthode consiste à structurer le poème autour d’une série d’images et de faits juxtaposés, de manière à induire chez le lecteur une expérience qui se fait à travers l’accumulation des détails.

Le présent numéro monographique de RiLUnE se propose d’analyser, à plusieurs niveaux, l’influence d’une poétique de l’idéogramme dans la poésie européenne de la première moitié du XXe siècle. Dans un moment historique marqué par l’éclectisme et le cosmopolitisme, il n’est pas inusuel de retrouver des tendances partagées et une forte proximité expressive dans des langues et des pays différents. Au-delà de la figure de Pound, on peut penser aux réflexions de Claudel sur la «religion du signe» et sur les «idéogrammes occidentaux», aux calligrammes d’Apollinaire, aux parole in libertà de Marinetti, aux expérimentations de l’Ultraísmo et du Creacionismo espagnols, aux stèles de Segalen, aux idéogrammes de Michaux, aux logogrammes de Christian Dotremont, ou encore aux ramifications (d’origine européenne) des madrigaux idéographiques de José Tablada et de la poésie concrète avec Eugen Gomringer et Augusto de Campos. L’objectif du présent numéro est donc d’étudier la dimension européenne de la redécouverte de l’idéogramme, en invitant une réflexion capable d’explorer ses multiples implications à travers des ouvrages et des auteurs différents.

On propose ci-dessous quelque possible parcours analytique:

- Les effets de la «re-découverte» de l’idéogramme dans le langage poétique. Le besoin d’un rapport concret et primitif avec les choses et la redécouverte de la «poésie fossile» dans le langage.
- La déformation créative de la base idéogrammatique des caractères chinois et ses développements: si et comment la perspective linguistique européenne peut interférer et isoler/exalter/déformer certaines caractéristiques, entre exotisme et culte de l’étrange comme possibilité esthétique.
- L’influence de l’idéogramme dans la spatialité de l’écriture poétique : directionnalité et dynamisme («interne», dans les traits des idéogrammes, et « externes », dans les langues alphabétiques); lignes horizontales juxtaposée aux lignes verticales; une nouvelle forme d’énergie du langage.
- Les implications syntactiques de la «méthode idéogrammatique» appliquée à l’écriture poétique: une écriture par juxtaposition et accumulation, «libérée» des contraintes de la grammaire et de la logique occidentale et plus attachée à «l’ordre naturel des choses», à la transitivité. La méthode est reprise par le cinéma notamment avec Sergei Eisenstein qui, dans un essai de 1929, célèbre l’idéogramme comme principe du montage.
- Une poétique visuelle: de l’imagisme à la poésie visuelle, la volonté d’un langage aux tons qui «vibrent sous les yeux» (Fenollosa). L’idéogramme en tant que élément de synthèse entre peinture et écriture, son intégration dans le texte poétique, en dialogue avec l’écriture alphabétique. La recherche d’une forme d’écriture artistique («calligrammatique») comme idéal «synthétique» de la poésie des avant-gardes.
- L’idéogramme et la poésie visuelle. D’«Un coup de dès» de Mallarmé aux expérimentations d’Apollinaire, du futurisme italien (Marinetti et Govoni) à la Vangardia espagnole (Vicente Huidobro): l’idéogramme comme outil de dissolution du vers libre en direction des formes plastiques de la poésie visuelle. On remarque aussi l’évolution de la poésie visuelle du représentatif au conceptuel, du calligramme à l’analogia designata (représenter «le vol, non pas l’aéroplane», dit Francesco Meriano en 1916).
- La qualité métaphorique de l’idéogramme, notamment dans les idéogrammes composés qui mélangent et juxtaposent deux entités pour créer des nouvelles significations. Claudel parle d’une logique de la métaphore pour les langues idéogrammatiques et Fenollosa remarque que les idéogrammes «portent la métaphore visible en face».
- La fascination de l’étymologie comme prérogative de la poéticité et les étymologies poétiques encouragées par la tradition «étymorhétorique» (Jin 2002) de la poésie classique chinoise (voir, entre autres, Claudel, Fenollosa et Michaux).
- La reception de l’idéogramme comme réalisation du rêve de Roland Barthes, de «connaître une langue étrangère (étrange) et cependant ne pas la comprendre». La descente «dans l’intraduisible» comme expérience poétique et la dissolution du sens dans les expérimentations poético-pictoriques de Michaux et Dotremont.


PROPOSITION D’ARTICLES

Date limite d’envoi des propositions (400 mots) + bref cv: 10 juillet 2008

Date limite de remise des textes: 30 novembre 2008

Les articles pourront être rédigés dans une des langues suivantes: français, anglais, espagnol, italien et allemand. Ils devront en tout cas être accompagnés par un résumé en français et anglais (200 mots).

Pour tout renseignement complémentaire ou pour proposer un article, contacter:

Enrico Monti

en spécifiant impérativement «Rilune» dans le sujet/objet de votre courriel.



Articles
Bibliographie

 

Bibliographie

Instructions aux auteurs - Normes typographiques